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mercredi 11 juillet 2007

Croix de bois, croix de fer


L'amitié est finalement un oreiller bien peu sur
en cas de fatigue on s'y affaisse mais le sommeil peut être dur
on se croit à l'abri des coups bas, des cris et du temps
mais un jour on se réveille seul et trahit pourtant

les confidences faites autour d'un verre
les fous rires et les coups de calcaire
tout s'envole comme des feuilles mortes
par un automne trop tôt à nos portes

On a beau être présente par tous vents
on a beau épauler tous les maux ambiants
quand l'amie trouve sa moitié tant désirée
vous n'êtes plus indispensable et encore moins regretée

et même si on se réjouit du bonheur ainsi trouvé
et même si on encourage cet amour à peine né
on se souvient de ces soirs
où son propre mari on laisse choir
pour consoler un coeur mutilé au hachoir

Ces mots que l'on ne peut dire par crainte de blesser
je les livre ici à vous, lecteurs souvent délaissés
car vous êtes comme un puits, un trou sans fond
où partent dans l'oubli, mes peines et les affronts

jeudi 15 mars 2007

Une femme c'est

Se réveiller en plein milieu de la nuit pour vérifier que son réveil est bien mis
oublier ses humeurs pour écouter les supplices d'un rhume meme pas prometteur
rassurer et encourager tout projet, même s'il vous défrise le bonnet

faire la sourde oreille aux vilains penchants pour la bouteille
ranger aspirer laver des kilomètres carrés, pour lui donner une maison bien rangée
plier et accoupler des milliers de chaussettes toujours dépareillées

taire des mots trop souvent parce qu'il y longtemps on en a fait le serment
sourire et plaire sans cesse pour que dans son coeur règne l'allegrèsse
des gestes des milliers de fois repetés pour parer à ses oublis et taire les hostilités

des cadeaux sans occasion précise et de l'indifférence quand votre annif il oublie en toute conscience
des mots doux des câlins de la fierté pour les enfants qu'il vous a donné
de l'indulgence des mots muets et des souffrances tues pour tenir le bateau et éviter les crues

jeudi 22 février 2007

Comme mon ombre

Elle doit me poursuivre et me coller depuis aussi longtemps que la cigarette je crois.
Elle n'est pas odorante ni visible mais toute aussi nocive.
La culpabilité.
J'ai pourtant acquis avec les années une certaine confiance en moi, je ne doute plus de la même façon, ou du moins plus sur les mêmes sujets. Mais certains restent.
C'est le constat effarant que j'ai encore fait le week end passé.
Repas familal chez nous, ici à la maison.
Convives: mes parents et mon frère. Si vous avez suivi un peu ce blog, vous savez quelles relations ambigues et douloureuses je peux entretenir avec l'entiéreté de mes invités ce jour là.
Néanmoins, j'essaye de préserver les apparences et je sais que mes parents ont énormément besoin de ces moments s'apparentant à la normalité pour tenir.
Fin du repas, alors que je m'active au salon pour ranger un peu ce que les enfants avaient fait comme bazar, et aussi comme d'habitude et en toute discrétion, m'échapper de l'ambiance pesante que j'ai du mal à supporter, mon frère me rejoint.
Avec, comme toujours, la même phrase. "j'aurais besoin d'un coup de main"
Comme ce n'est ni la première fois, ni la dernière, ni le moment, ni même le bon mois, je lui dis "non"
Et alors que j'aurais pu me contenter de lui dire simplement non, je ne peux pas ou que je ne veux pas, je me mêle d'argumenter. Pourquoi me direz vous? j'ai pas à me justifier.
Bah si j'en ai besoin et je crois que le mois ne m'a pas encore apporté mon soul de conflits car non seulement j'argumente mais en plus j'étale largement le pourquoi du "non"
Evidemment, le sujet de mes parents revient sur le tapis. Le fait qu'il les saigne à blanc tous les mois, eux qui ont à peine de quoi subsister. Le fait qu'indirectement c'est moi et ma famille qu'il saigne aussi financièrement, puisque tous les mois une partie de mon salaire est versée sur le compte de mes parents pour les aider.
Le fait qu'il a une vie faite d'emmerdes grosses comme des maisons, dans lesquelles meme avec la meilleure volonté du monde, vous ne sauriez vous fourrer.
Qu'il a l'art de les bouffer à petits feux et qu'il les fera crever.
Bref j'y vais à fond, ça me sort sans meme que j'ai à bouger des lèvres. Tout ce que mon coeur renferme depuis des années, sort comme dans un torrent de paroles que je ne peux arrêter.
Et lui royal, très calme me dit qu'il n'en peut rien, qu'il est malade, que la vie est dure pour lui aussi, que mes parents ont le devoir de l'aider puisqu'il n'est mentalement pas apte à se gérer seul.
Qu'il comprend que je sois revoltée, mais que c'est parce que je me sens coupable de ne pas réussir à les sortir de là, que je réagis comme ça. Et il a pas tort, mais ça me révolte d'autant plus que c'est comme ne pas entendre ce que je lui reproche mais bien retourner ça contre moi.
Je m'énerve devant sa suffisance, je me jure de ne pas me laisser avoir, je sais qu'il est malade mais je suis convaincue qu'il est beaucoup trop facile de se réfugier derrière tout ça pour disculper tous ses mauvais choix.
La conversation dure et dure. Ma mère vient aux nouvelles, bientot suivie de mon père.
Et là, elle me tombe dessus. La culpabilité.
Je vois dans les yeux de ma mère tellement de peine, tellement de chagrin que je craque.
Et je pleure tout en lui disant que c'est pas normal ce qu'il leur fait subir, que je sais que c'est dur pour lui mais qu'il doit mettre de l'ordre dans sa vie sinon il va me les faire crever.
Et ma mère, ma pauvre mère, hoche la tête et murmure: "mais ça va aller tu verras"
Et je culpabilise encore et encore.
De ne pas pouvoir les assumer entièrement, ne pas pouvoir les envoyer en vacances et les abriter de tout soucis. Je culpabilise même d'être désagréable avec lui et de par là meme, lui infliger du chagrin.
Et j'ai mon autre moi, celui qui est fort et désinvolte qui dit:" mais enfin après tout ce qu'il a fait, tu continues à te laisser amadouer"! et mon moi, le vrai et le seul dit: "bah oui, mais que faire, je me sens si coupable"
Et Dieu que je déteste ce moi là.

Des vertes et des pas mûres

Alors que le printemps est quasi à nos portes en ce mois de février, faisant rougir nos vergers bien en avance, voilà que ces quinze derniers jours j'en ai vu des vertes et des pas mûres.
Y a des jours ou des semaines comme ça où on a l'impression que tout s'écroule et qu'on ne saura pas s'en remettre, à tort évidemment (et heureusement).
Petite histoire: vous portez un amour sans bornes à votre belle-mère. Vous seriez prête à vous couper un bras pour lui faire plaisir. Arrive son anniversaire, vous avez des idées plein la tête pour une fête réussie avec toute sa famille. Vous vous démenez, faites des recherches sur ce qu'il serait possible de faire, vous vous faites toute une joie à l'idée de ce que ça va donner.
Comme vous n'êtes que la belle fille et qu'il y a 4 enfants, vous soumettez bien entendu le projet.
Votre belle-soeur vous dit que c'est pas faisable pour toutes sortes de raisons (pas à tort d'ailleurs) et que ça va être trop compliqué.
Bon bah tant pis, un peu dépitée vous laissez tomber l'affaire et vous vous dites que vous concrétiserez le dit projet dans quelques mois quand on fera un anniversaire commun avec votre beau-père.
Quelques jours avant l'anniversaire, vous apprenez par grand hasard que vous êtes conviée à une petite sauterie qui aura à peu de choses près le même déroulement que celui que vous aviez proposé...
Comme vous n'êtes pas non plus du genre à vous imposer, vous ne dites rien, participez à la petite fête (fort bien organisée d'ailleurs) et fermez votre clapet...
Début février voit approcher la date du fameux anniversaire belle-mère/beau-père.
Forte de votre expérience passée, vous ne ditez rien et attendez que les autres proposent quelque chose pour une quelconque organisation.
Vous recevez alors un mail (commun à tous les invités) demandant instamment que l'on bloque une date pour fin février, car il se déroule alors une méga teuf, avec animations soirées etc.
Il se trouve que vous n'avez été avertie de rien, qu'à cette date là vous avez un repas prévu de depuis longtemps et que votre mari non plus n'a pas été averti, or c'est un des 4 enfants...
A la réflexion, le sang chaud déjà écoulé, je laisserais tomber, ça me ferait de la peine mais je n'approfondirais pas spécialement le sujet.
Or il se trouve que le jour où j'ai reçu le mail, faisait suite à une soirée de discussion peu amène avec mon conjoint pour toutes sortes de problèmes communs, et que la semaine avait été particulièrement difficile point de vue familial avec mes parents donc j'ai explosé...
C'est étonnant avec quelle puissance la déflagration a eu lieu.
Une colère immense teintée de déception m'a envahie comme quand j'étais enfant et que je trouvais un comportement particulièrement injuste.
Le chagrin m'a submergée par vagues me laissant complètement anéantie, alors que là en l'écrivant je trouve ça totalement disproportionné.
Pendant deux jours j'ai eu l'impression de pleurer un deuil vieux de 30 ans.
Probablement même, tous les deuils que j'avais peu pleuré.
Je suis quelqu'un d'un naturel calme. J'ai une voix suave et posée, un ton uniforme qui apaise (on me l'a dit très souvent) mais là je crois que j'étais pas loin de partir dans les ultra-sons.

Je connais l'élément déclencheur et évidemment je comprends le mal fait, mais je ne m'étais pas rendue compte que j'avais été brasser des choses profondément enfouies.
Bref il m'a fallu deux jours pour m'en remettre, j'ai eu beaucoup de mal et j'en garde une vraie peine car le sujet me tennait particulièrement à coeur.
Mais j'ai eu des excuses sincères de mes belles-soeurs, toutes désolées de ce qu'elles avaient fait (sans mauvaise intention réelle j'en suis convaincue), une remise en question totale de l'organisation de la dite fête et une sereineté presque retrouvée.
Finalement pêter un câble ça fait un bien fou!

Evidemment, on ne va pas se plaindre non plus mais du coup (et c'est bien fait) je me retrouve avec un discours à pondre et pour lequel je suis incapable d'aligner deux mots, une organisation de ouf à préparer et des tonnes de nourriture à cuisiner...

Je pourrais dire que ça m'apprendra à la fermer mais ça m'a fait tellement de bien, que je ne regrette rien.

(voilà en partie le pourquoi de mon absence ici, que certains - j'espère - auront remarquée)

samedi 20 janvier 2007

On ne fait plus l'amour

Non ceci n'est pas un titre racoleur dédié à des milliers de requêtes Google, mais bien une réalité.
Beaucoup de couples après un certain nombre d'années de vie commune, se laissent envahir par le quotidien, les enfants, la réalité de l'autre, les frustrations et en oublient de laisser la parole à leur corps car leur tête prend le dessus.
L'émoi d'un premier baiser, le frisson d'une première caresse maladroite, le palpitant des premières découvertes en corps à corps, envolé, balayé par les mots non dits, les couches à changer, les maladies des enfants, le stress d'un emploi, les malheurs de la famille et tout le reste.
Et au final, le constat que le couple ne se retrouve plus jamais sur la même longueur d'onde.
On parle des mêmes sujets, souvent on a la même opinion, on partage les mêmes lieux, les mêmes gens, les mêmes secrets, on vit à la même heure, on a reglé les aiguilles de sa pendule personnelle sur le même rythme, mais plus jamais on ne laisse le corps parler.
Le désir bestial qui vous prend le bas des reins, l'étourdissement d'une langue qui vous savoure, la fièvre d'un regard disant plus que des mots, des mains qui fourmillent de l'envie de l'autre, un corps qui ne répond plus qu'à sa propre volonté. Tout ça on l'a oublié. Pourquoi?
Parce qu'on a des attentes. On a attendu de l'autre des choses que parfois il ne nous a même pas promis, mais c'est à ça qu'on rêvait quand on était petite fille.
Parce qu'on a eu du mal, celui là même qui vous brise le coeur et vous mine au quotidien si l'autre n'a pas été présent dans la douleur, si l'autre n'a pas écouté vos coups de coeur.
Parce qu'on apprend à vivre seule en couple. Parce qu'on ne partage plus qu'un lavabo, un lit et des minots.
Parce qu'alors qu'on se veut humaine, ouverte d'esprit et pieuse, on ne pardonne pas à l'autre de vous avoir laissée seule dans vos heures creuses.
Parce que vous êtes l'épouse sur le papier, à la vie à la mort, monsieur le maire ne peut avoir tort.
Parce que ce n'est tout de même pas une fleur que l'on arrose, parce qu'il ne faut tout de même pas l'apprivoiser telle une rose.
Parce que vous avez des devoirs, une entreprise que vous ne pourriez laisser choir.
Parce qu'on ne va quand même pas écouter des heures, parler d'autre chose que de moteurs.

Et puis un jour le constat, amer, inhumain, impensable.
Vos corps ne se rencontrent plus, ils jouent à des rendez vous manqués, ils évitent l'inévitable.
Comment peut un homme fonctionner sans l'essence même de son organisme, comment dire à un ouvrier qui trime toute sa vie, que ses biens sont partis dans un séisme.
C'est impossible, pas vivable, on crie au scandale et on accuse.
On soupçonne la coupable de frigidité, elle en perd son statut de muse.
Les années ont balayé, les souvenirs de soirs d'été, où un corps enflammé, du votre avec plaisir a joué.
Vous a fait rugir, trembler et jouir. Vous a caressé avec amour, parcouru sans détour.

On oublie les conversations d'un soir, les mots dits, les coeurs noirs.
On oublie qu'on était absent, de corps et d'esprit pendant des ans.
Il faut une solution et vite, le quotidien vous mine, il vous faut un coït.
La vie de couple est ainsi faite, que les corps ne cheminent plus ensemble, restent en hosmose les têtes.
Et les souvenirs, et les enfants et tout ce qu'on a bâti.
Malgré qu'on aimerait désespérement, s'aimer à nouveau sans ressentis.

samedi 16 décembre 2006

Fleurs


Elle était rouge et brillante, petite mais pimpante
elle focalisait ton regard, me permettait presque d'y croire
tu me vantais ses mérites, sa sportive conduite
sa médaille de voiture de l'année, ton prochain achat m'as tu assuré
entre deux qualités moteur, je guettais un signe ou des pleurs
un truc me permettant de deviner, que tu connaissais ta destinée
on a parlé des heures durant, plus que quand on était enfants
des banalités, et du beau temps, de mon petiot et de ses progrès attendrissants
pas une fois ton regard ne m'a fui, comme si tu t'étais juré de m'offrir l'oubli
de cette fin certaine qui te guettait, de cette maladie qui te rongeait
on mangeait bien en clinique, les infirmières étaient même chics
le traitement pas trop contraignant, les autres patients pas trop chiants
et moi je me mourais à petits feux, de te savoir bientôt emporté aux cieux
sans que je puisse demander une trève, un délai ou à tes veines un supplément de sève
de ces mois de trajets en train, harassants et quasi quotidiens
j'en garde des souvenirs douloureux, des kilomètres anxieux
dans mes bras mon tout petit, mon premier fils, celui que j'avais choisi
de t'offrir comme filleul comme on offre un sacrifice, à un dieu que l'on prie instament d'arrêter ses caprices
hélas le baptême a eu lieu trop tard, tu n'as été parrain que dans les regards
la maladie était pressée résolument, de t'envoyer te reposer au firmament
perdre ses parents c'est être orphelin, veuf est celui qui a vu partir son conjoint
mais quel mot mettre sur cette douleur creuse, la mort d'un frère emporté par la grande faucheuse
tu as toujours été mon idole, celui que l'on imagine paré d'auréole
celui que même la réalité n'a pas terni, celui qui malgré l'éloignement m'a tant appris
un poète l'a dit bien mieux que moi, mais ça reflète encore mon désarroi
"Que les étoiles se retirent, qu'on les balaye Démontez la lune, et le soleil
Videz l'océan, arrachez la forêt Car rien de bon ne peut advenir desormais "
Depuis tant d'années je garde, précieusement toutes ces larmes
pas une seule fois j'ai visité ta tombe, je refuse de me recueillir sur une ombre
ton rire, tes yeux et ta génerosité, restent profonds, sans la nécessité
de te fleurir un certain 1er novembre, comme annuellement on dépoussière une chambre
une fois de plus on m'a pas compris, j'ai toujours tu, jamais j'ai dit
le vide, la tristesse et le déchirement on assimile à de l'indifférence cette absence de recueillement
je crois pas aux mots sourds, qu'un prêtre lance comme du haut d'une tour
j'adhère pas à l'idée que tu me tiennes rigueur, que tous les ans, je refuse ce commerce de fleurs
je refuse les mots incongrus, que m'ont jetté des psys et autres intrus
que tu étais sûrement mieux ailleurs, qu'ainsi t'oubliais tes douleurs
c'est égoïste assurément, mais imaginer ne fut ce qu'un instant
que t'as troqué notre amour contre un quelconque ministère à droite du grand dirigeant, me sidère
J'ai toujours au fond d'une armoire, un sac plastique avec un carnet noir
ainsi que le pyjama bleu que tu portais, des trésors de larmes que je n'explorerais sûrement jamais
Depuis les rires ont été reappris, faut dire que mes gars s'en chargent comme d'un défi
ma vie a continué de passer, mon parcours t'a sûrement étonné
Mais si depuis ta belle chambre, avec vue sur le soleil de ce mois de décembre
tu peux apercevoir ces quelques mots, reçois toute ma tendresse, mon beau frérot

mercredi 13 décembre 2006

Jour de fête

Noël approche et avec lui toute une période que je n'affectionne pas spécialement.
Pour contrer le sort, je proclame aujourd'hui,
mercredi 13 décembre, la fête des mots retors.

A toi Phillibert, j'aimerais dire que tu me les brises menu menu,
que rien que ta présence à ces fêtes me soulève le coeur de manière aigue.

Toi Aldamur, ce serait bien que tu me lâches la grappe
que tu m'oublies et que tu dégages de mes penattes.

Toi Germaine, il serait temps que t'ouvres les yeux et grandisses
comprends que c'est pas avec du coton qu'on construit une bâtisse.

Gertrude, arrête de te mater le fond du nombril
le monde n'est pas constitué que de fieffés imbéciles

Gustavine l'amitié est un bien précieux et rare
accepte les autres sans croire qu'ils ont tous une tare

Phyllis sors de mon champ de vision, donne moi de l'air
va loin, immigre en Alaska ou part en station balnéaire

Cunégonde tu sais que je t'adore et que je m'inquiète
par pitié quitte ce gros porc, ne vois tu pas comment il te traite?

Toi mon cher Anaquin
arrête de te cacher derrière le vin
ça ne résous rien et pire: amplifie
ce rose absent de votre vie

Fuldebert toi mon grand gamin
poursuis ainsi ton chemin
je voudrais juste que ta tête soit lestée
d'un peu plus de maturité

Alors toi ma brave Berthe
qui de tant de "soi-disant malheurs" est couverte
relativise et souris un peu de temps en temps
tu verras que le bonheur est un hôte accueillant

Prosper je pensais que t'avais passé l'âge
des chamailles et des enfantillages
visiblement je me suis trompée
je m'en vais vite te confectionner une étiquette "passé"

Toi mon Alphonse qui me suis
je te souhaite un baiser sous le gui
et une épouse moins compliquée,
mais je t'en prie fais des efforts pour la garder

Je voudrais te dire ma gentille Sidonie
que malgré que je ne paraîs pas une parfaite fille
je t'aime énormément et regrette
cette vie de chien qui vous bouffe la tête

A vous tous, partis bien loin
Chlitorines, Germains et autres Flibustins
j'aimerais dire que vous me manquez
en ces temps de Noël, même pas enneigé.

* je m'excuse d'avance auprès de toutes les personnes portant un prénom ci-dessus.

samedi 9 décembre 2006

Dans ses yeux je voudrais voir

j'aimerais apercevoir
tout ce qui manque à mon coeur noir
des futilités qui adoucissent l'âme
et des indispensables à ma flamme

des soirs d'été sur la terrasse
des mots voilés ou dits à voix basse
des confidences tendres ou des souvenirs
et croire qu'on veut me l'entendre dire

des mers calmes et lisses comme du satin
une bouche qui me dévore comme un bon pain
des mains qui soignent les bleus et les maux
qui apaisent ma vie rien qu'en glissant sur ma peau

des litres de pluie et des vents déchaînés
des bras qui m'entourent comme un bébé
une couverture posée à même le sable
deux corps enlacés, affrontant le même diable

une fraise mûre et sucrée
dégoulinante de son jus d'été
deux bouches qui se la partagent
deux langues qui se lient sans ambages

un plongeon dans l'océan glacé
la surprise de mon derme herissé
et la douceur d'un corps chaud
m'envelopper, me servir de manteau

un dîner aux chandelles romantique
sans aucun courant éléctrique
si ce n'est celui dans nos regards
soulés d'un désir presque barbare

des promenades main dans la main
retrouver des vieux airs et des refrains
ceux qui nous rapellent l'aisance
avec laquelle on a traversé la petite enfance

des heures de corps à corps
comme une frénésie sans temps morts
des feux qui couvent éternellement
et s'emboîter comme par enchantement

des mouchoirs des draps et des puits
pour contenir mes sources pas taries
une écoute une présence et un regard
même quand je suis hagarde et sans fard

une canne une épaule un tronc
pour quand la santé me fera faux bond
du courage de la force et de la rage
quand mon corps sera en décrochage

de l'amour de l'écoute et de la sagesse
du jeu des rires et mille promesses
pour mes moussaillons tenir bon
calmer la mer, retenir l'agitation

une tête bien faite, un semblable digne
honnête et juste, jamais au delà de la ligne
des conversations qui durent mille ans
des idées échangées, des débats passionnants

de l'exigeance pour soi même
comme ce soir j'en écris l'emblême
des leçons des combats sans dépôt de bilan
de la pugnacité de la force et du cran

Pour ce regard aux mille ingrédients
faudra t il quérir mille chalands?
revoir à la baisse ses goûts culinaires
ou puiser dans son propre frigidaire?

mardi 28 novembre 2006

Apothicaire

Fin d'année, bonnes résolutions
je vais me lancer dans la rénovation
Premier janvier sera glamour
Sonnez trompettes, battez tambours

Commençons par le plus aisé
mes cheveux blancs il me faut cacher
Après un temps de pause interminable
me voilà parée d'un auburn acceptable

Visons ensuite un peu plus bas
ces rides et ce teint proche du cervelas
des crèmes et des onguents, je vais tartiner
pour rajeunir de dix ans, avoir l'âge de l'acnée

Ensuite le corps, le plus gros chantier
n'ayons pas peur des mots, c'est par endroits à chier
je vais me tenter une lipposuccion
à mes cuisses offrir l'acceptation

Les fesses, le ventre et tous mes monts
je vais les raboter, leur faire oublier les affronts
ceux que les ans nous ont fait subir
et les deux grossesses empêché d'adoucir

Pour m'inventer une amitié avec la balance
j'irais même jusqu'à me poser, au milieu de la panse
un anneau serré par des agraphes
un peu comme si le doc me laissait un autographe

Ensuite j'irais chez ma tortionnaire
celle que je paye, qui fait de mes poils son affaire
Je crierais de douleur à chaque arrachage de cire
pour oublier mon ancien moi, le détruire

Je pense que j'ai fait le tour
d'ici mi juin, je serais prête pour la basse-cour
n'est ce pas ce qu'on veut toutes
un nouveau soi, un anti-doutes

Mais j'ai comme qui dirait oublié un détail
et je m'en ouvre à vous, acharnés du travail
comment remplacer ce mal qui me ronge
ablationner mon âme, la laver d'un coup d'éponge

Le Bottox et les matières silliconisées
j'ai essayé, ce ne sont que des illusions brisées
mon intérieur reste meurtri
mes peurs, mes maux sont pas circonscrits

Aidez moi messieurs les spécialistes
à ce que ma douleur devienne absentéiste
Elle me colle, m'accompagne et me clone
elle fait corps avec mes hormones

Je ne sais si c'est clair à comprendre
si de vos manuels la solution je peux attendre
Mais tentez de me donner un diagnostique
même si le remède n'est pas très accademique

lundi 27 novembre 2006

Message à qui de droit

Dis moi que t'as oublié
que t'as chopé Alzheimer
Dis moi que t'y as plus pensé
que t'avais autre chose à faire

L'emploi du temps surbooké
les malheurs à consoler
Les âneries de George, c'est certain
ça vous déborde l'agenda de quelqu'un

Je veux bien pour la faim dans le monde
La canicule, la corruption et la misère profonde
Admettons que t'ignores les attentats
que ton palm est en rade et la télé au débarras

Mais sur les enfants qui meurent sur la planète
excuse moi, je me trompe peut être
Mais ne serais tu pas en train de te défiler
de faire genre "jai piscine, je dois y aller!"?

Je veux bien écouter tes arguments
je mords pas, c'est juste un aboiement
mais je trouve que ça fait beaucoup
tous ces oublis, ces aides manquées tout à coup

ça fait un bail que ça me triture
ta non réaction face à la souffrance de l'innocence pure
oui je sais, je suis pas objective
mais que veux tu le sujet titille ma fibre affective

car vois tu mon coeur bat la chamade
pour des mignons, pareils qu'à ceux du Tchad
exactement les mêmes qui tombent sous les balles
ou ceux qu'on torture au nom d'une pulsion animale

Un coeur innocent au regard angelot
j'ai les mêmes je te jure, on croirait des jumeaux
si à ceux là tu laisses quelqu'un toucher,
ta soi disant existence sera révolutionnée

Déjà que jusqu'à mon nom tu ignores
c'est pas que je suis snob ni que je veux qu'on m'adore
mais avec tout ce que tu m'as envoyé sur la tronche
franchement, je suis pas parano mais là faut que je bronche

Il paraît que quand on aime bien on châtie bien
Nous deux on est potes, ça c'est certain
je me demande même si entre nous deux
y aurait pas moyen de conclure, de combler un petit creux

"Le bon Dieu te le rendra" m'a t-on dit
Des centaines de fois on me l'a promis
je te réclame plus rien, garde tes acquis
A tout jamais, les bons comptes font les bons amis

Si t'as cinq minutes entre deux guerres
viens faire un tour ici, visite la blogosphère
T'apprendras les peines de ceux d'en bas
ceux que t'as déçu des dizaines de fois!

dimanche 19 novembre 2006

Limbes

Sois pour moi un confident, un ami, un complice
écoute mes états d'âme, fais semblant de croire à mon supplice

Embrasse mes mains, apaise mes rides
fais de moi ta plus belle, remplis tous mes vides

Même si ce n'est que de l'indulgence,
même si tu crois à de la démence

Je t'en prie, aime moi entière
Comme si j'étais la seule sur Terre

Parcours mon corps, étudie le
ignore les défauts, oublie ce qui est hideux

Penètre mon ventre et mon âme
Fais moi jouir, approcher de la flamme

Je veux un homme pour le bon
le pire je l'ai et c'est si con

Un de ceux qui brave les ennemis
quand la nuit mes démons sont pas taris

Sors de ta planque, galope vers moi
viens m'envoler avant que je tombe du toit

Je ne suis pas compliquée mais bien complexe
je veux juste de l'amour, pas que du sexe

Explore mon âme et mon corps
mes douleurs, mes creux et ces recoins morts

Ceux que personne n'a dévoilé au grand jour
ceux que personne n'a rempli d'amour

Je veux un homme, quelqu'un, s'il vous plaît
pour m'emmener loin de mon moi, à tout jamais

Cochon qui s'en dédit

Sale temps pour sortir.
Emmitoufflées dans nos manteaux on tente une soirée.
Pour moi première incursion en terrain inconnu dans ce bled méconnu.
Pour toi une sortie de plus, un samedi soir banal, la chasse du week end.

Je ne sais si le lendemain tu as dit avoir eu une belle prise.
Toujours est il que là, 16 ans après, tu la tiens encore dans ta gibecière.

Par quoi ai je été attirée?Aucune idée.
Sûrement un goût de nouveauté. Sûrement aussi par ton cran, ton côté atypique.
Moi la fille de la ville qui débarque dans ce village paumé, sûrement que j'attendais une pointe d'exotisme.
J'ai pas été roulée...

Tes études étaient priorité, tes copains toujours scotchés, ta famille un bloc à ingérer.
Maintenant je comprends que tout était vital.
C'est juste que j'enviais ce que je ne connaissais pas.

D'indifférence en éloignement, je me suis accrochée. Tu avais bien senti le mode d'emploi.

La communication au rabais, le côté taillé sur pierre, le manque d'écoute, j'en avais cure.
J'avais besoin de solidité et tu en étais l'essence pure.

Je regrette de ne pas avoir la sensibilité, de manquer de tendresse, de devoir passer ma vie à nous gérer, toi moi les enfants, notre vie sociale.
De devoir inventer tous les jours des monologues qui peupleront les silences que tu laisses s'installer sans en ressentir de gêne.
Mille amis, mille sorties, mille contacts, mille feux, mille vies je m'invente. Pour me sentir vivre.
Nous ne sommes pas faits de la même pâte.
La différence a construit et en même temps zebré notre union.

Mais paradoxalement tu m'as apporté tout ce dont j'avais besoin.

Un gendre parfait pour mes parents, un fils qu'ils n'ont plus, un couple solide aux yeux de tous, des enfants superbes avec un papa juste et loyal, un homme ni soulard ni flambeur ni paresseux, présent tous les jours, un nom, une aisance financière, une reconnaissance, une certaine idée de la famille et puis un formidable aspect positif de la vie.

De l'insouciance même, pour toi tout est possible, tu n'as pas les solutions mais on peut arriver à tout, la preuve t'y arrives toujours.
La vie serait presque facile avec toi.

Presque.... si je n'avais pas d'états d'âme.
Des soirs de pluie dans mes yeux et du brouillard dans le coeur.
Si je ne me disais pas parfois qu'avec un autre quelqu'un, je serais épanouie.

Le problème est en moi.
J'ai voulu donner priorité à des vies qui ne sont pas la mienne.
Mes parents, point d'orgue de toute mon existence.
Je leur ai apporté sur un plateau la vie revée des autres.

Je vais bien en apparence - largement suffisant, j'ai un bon boulot, une belle maison, deux superbes enfants, un mari adorable, une situation financière confortable.
Tout ce qu'aucun de leurs trois autres enfants n'a réussi à construire.

Je fais leur fierté.
Quand ils ont de la visite ou même chez le boucher ils peuvent en parler, des étoiles plein les yeux, eux les immigrés à qui personne n'a pensé.

Pour ce que tu es, pour ce que j'aimerais être, pour mes enfants, mes parents et tous les autres.
Je reste.

Tous les jours je voyage, au figuré.
Parfois je prends un billet dans le réel.
Souvent je suis déçue du vol. Je ne sais dire ce qui a manqué.
Alors je me convaincs que je suis une touriste exigeante et que j'en demande trop aux voyagistes.

Peut être un jour, trouverais je ma destination idéale.

samedi 18 novembre 2006

Sac à main

Septembre se défile comme un voleur.
Hier elle fêtait son anniversaire entourée des siens.
La famille réunie, maman, papa, frère, soeur, beau-frère, filleul, cousine éloignée, mamy courbée et tante lointaine.
Il ne manque que ce frère qu'elle aime mais qui a décidé de retourner dans le petit pays froid.
Elle a reçu plein de cadeaux, sûrement.
Zéro souvenir cependant.
Elle a pourtant reçu son premier sac de jeune fille, elle a treize ans.
Oublié la veille dans un magasin du centre ville, elle s'apprête à aller le rechercher.

Bas des marches, arrêt sur image.
Un cri, des hurlements.
Confusion.
Il l'a tuée hurle t elle.
Tetanisée.
Trou noir.

Balancements. Berceuse.
Dans ses bras elle tient son filleul, 2 ans.
Il hurle, gémit, tremble.
Son petit corps est agité de soubresauts, ses grands yeux noirs sont effarés, fous.
Elle continue sa berceuse. D'un voix douce, plus pour elle que pour lui.
Les gens hurlent autour d'eux. La police court dans tous les sens. Le recherche.

Ce mari, ce beau frère, cet humain qui a planté 8 fois son couteau dans un corps qu'il aimait, devant le fils qu'il avait desiré.
Sang, effroi, incompréhension, fin de vie.

Apprendre à vivre avec l'après.
Plus rien n'est pareil. La maison est secouée des cauchemards du petit.
Les nuits sont peuplés des pleurs en sourdine.
Quand il fait noir elle se bouche les oreilles pour éviter d'entendre le sang rouge qui coule entre les lames du plancher.
Elle se cache. Se réfugie. Dans un monde dans lequel personne ne doit entrer, jamais.

On ne s'explique pas à 13 ans les raisons d'un tel acte. A 2 ans encore moins.
C'est à notre vie à tous qu'il a attenté ce jour là.
15.10 h, fin du tiroir.

Confiance

Il devait avoir le même âge que moi.
Enfant gaté par la vie, il m'inspirait méfiance.
De derrière son bureau, sans être désagréable il me semblait trop lointain.

Je fais abstraction de mes retenues et me lance dans mon entretien d'embauche.
Nouveau job, temporaire mais nécessaire. J'y vais à la gueule.
J'ai un nouvel itinéraire à parcourir dans cette vie et je sais que la première étape s'apelle réussite professionnelle.
Je me donne. Je me vends. Je suis une gagnante.
Fin de la mission. Un mois déjà.
Je tente le tout pour le tout et offre un mois supplémentaire sans être payée.
C'est un deal, un quitte ou double. Si je corresponds il devra me garder.
Et pour un bout de temps parce que j'entends pas lâcher le morceau.

J'ai quelque chose à prouver. A moi d'abord.
A elle ensuite. Elle, cette putain de vie qui a décidé de me faire vivre dans un champ de mines sur lequel je saute, je me meurs, je m'ampute et je me relève. Inlassablement.
J'ai la hargne. Je serais capable de mordre si on me refuse la place.

Ou il tient à sa vie, ou il a compris l'enjeu ou il croit en moi.
7 ans que j'y suis.
Il m'a donné sa confiance. J'y connaissais tripette.
Pas un mot de son foutu jargon d'assureur m'était connu.
J'ai douté des milliards de fois. Lui jamais je crois.
Pour tout ça et pour le reste, je lui en serais à tout jamais reconnaissante.
Tu me liras jamais sans doute.
D'ailleurs je crois que je prefère pas.

Mais tu es vraiment un grand Homme.

Connexions

Solitude et perte.
Perte de repères, perte d'un frère.
Douleur sourde. Errer des jours à se demander comment être mère.
Attirance, curiosité.
Et Connexion.
Monde nouveau.
Ebahie de saluer à minuit des gens qui s'apprêtent à aller gagner leur vie.
Heures passées à surfer, à discuter, à épancher cette soif de contact, à combler le vide.
Et un jour un pseudo. Lettres et chiffres. Rien ne présage de ce qu'il va apporter dans sa vie.
Connaissance, complicité, écoute, attention, disponibilité.
Il remplit ses jours et fait chanter ses nuits.
De 7h du matin par un "Bonjour mon amour" au téléphone il la promène la journée au bout de son portable dans tous ses rendez-vous.
Elle se lève avec lui, déjeune avec lui, se couche avec lui, fait l'amour avec lui, rêve de lui.
Elle "vit" avec lui.

Sauf qu'elle ne l'a jamais vu.

Par quel lien paradoxal peut on être prêt à abandonner toute sa vie et tout ce que l'on a construit pour les mots d'un homme que l'on a jamais rencontré?
Merveilleuse toile qui tisse ses liens autour de nous et nous enferme dans un bocal.
On peut passer des heures devant son écran avec un homme dont on ignore jusqu'au nom exact et ne plus dire bonjour à la voisine de palier.
Oeillères. Bulle. Engouement.
Il a menti, beaucoup. Elle lui en veut un peu.
Il a profité de ce qu'elle mettait à sa disposition.
Mais n'est ce pas ce que l'on fait tous après tout?
Mais il l'a, si pas aimée, respectée malgré tout.
"N'oublie jamais ta vraie valeur, ni trop ni trop peu. Ne permet jamais à personne de mal te considérer".
Probablement le premier à avoir cru en elle.
Il lui a appris qu'il faut se battre pour ce en quoi on croit.
Que ça en vaut la peine et qu'elle aussi elle le mérite.
Et parce que c'était lui, elle l'a cru.
6 ans après encore elle y pense.
Encore une histoire inachevée.
Sa vie est comme une nappe après un bon repas.
Pleine de vestiges.
Des miettes, des morceaux, des tâches, des déchirures.
J'espère qu'un jour je réussirai à faire table rase.

jeudi 16 novembre 2006

Orientations

Ce goût de pas avoir été au bout des choses.
D'octobre à novembre rien n'a changé.
Les interrogations demeurent.
Réflexion, envie.
Ne pas savoir quel effet peut avoir un évènement faute de ne pas avoir osé le vivre me mine.
Alors je cherche.
Un numéro trouvé, un message envoyé.
Je ne te dis pas qui je suis, cherche si tu tiens à le découvrir.
10 secondes et il répond.
Méfiant. Un message anonyme. Une fille qui se dévoile mais qu'il ne reconnaît pas.
Avances. Envie. Impudence.
La recherche toujours. Mais à la recherche de quoi?
Du feu, de la vie, celle qui coule dans mes veines, celle que je veux avoir.
L'envie de se brûler pour se sentir vivre, l'envie de tout gâcher pour apprécier enfin.
Hameçon, appât et gain.
Il mord mais se demande d'où sort cette nana qui lui envoie des messages.
Je sème des indices comme d'autres des illusions aux femmes.
Après bien des emails il me reconnaît. Il paraît interessé.
Etonnement, pourtant c'est lui qui était en demande la première fois, mais comme toujours, tout m'étonne.
Je ne sais pour quoi faire, je ne sais quand, ni pour combien de temps mais je le veux.
Rendez vous est pris.
Peur, excitation, attente, questions.
Il est là. Me regarde à nouveau de ses yeux bleus.
D'avance je sais que c'est pas lui que j'attendais, je sais qu'il m'apportera pas ce que je recherche mais je joue le jeu.
Doux mais pas tendre, excitant mais pas sensuel, suptil mais pas profond.
Ses mains m'ont touchée, sa langue ma fouillée, ses bras m'ont étreinte et sûrement que sur le moment ça m'a suffi.
Combien de langues de bras et de mains vais je devoir parcourir pour trouver enfin ce que je cherche?
Je ne le saurais surement jamais.

Petit creux

On était un dimanche, le premier jour de la neige comme il dit.
Dans ce lit de douleur attendant ma délivrance, je regardais par la fenêtre et je voyais ces flocons tomber insouciants.
La douleur perçait mes reins mon ventre mes chairs jusqu'à me rendre folle.
"Pas de péridurale Madame, je tiens pas à faire les gros titres dans le journal demain". L'anesthésiste me lâche cette phrase d'un air ni désolé ni compatissant
Vous faites un faux travail depuis 2 jours, le bébé a pas l'air décidé à sortir, mais va falloir attendre, on sait pas ce que vous avez donc en attendant serrez les dents et les fesses.
Le gyné arrive, petit bonhomme serein. C'est pas pour tout de suite ma fille, je pars déjeuner et reviens plus tard.
De la douleur, de l'incompréhension, de la retenue, de la diplomatie aussi pour rassurer un mari qui ne sait pas comment arrêter le calvaire et veut tuer le doc qui n'a pas l'air décidé à m'aider.
Il m'a fallu tout ça en une après midi par un dimanche de décembre.
Vers la fin, entre deux évanouissements et deux délires je me disais, mais qu'on me le sorte ce mioche, limite j'en veux plus, faites quelque chose.
Et on l'a fait sortir. Il a poussé les portes de la vie malgré tout, confiant. On l'a posé sur mon ventre. Poisseux, bleu, hurlant, ereinté d'un si long voyage.
Je l'ai serré dans mes bras, je lui ai dit que j'avais surement dû le maudire mais que maintenant qu'il était là, nous deux c'était pour la vie.
Je l'ai humé, caressé, touché. J'ai effleuré de mon index son petit creux dans la nuque, cet espace de douceur, ce velours d'innocence, ce carré de peau.
Je lui ai promis en regards que la souffrance était un état que jamais il ne visiterait.
Nous avons eu un parcours plus dur que celui que l'on croyait. Bien des fois je me suis dit que j'y arriverais pas.
Et pourtant il est là. Neuf ans que nous faisons vie commune. Neuf ans de surprise et d'émerveillement. Neuf ans à me dire que jamais j'aurais cru que la vie pourrait me faire un tel cadeau.
Des bas qui s'installent, un quotidien qui décline et deux grands yeux bleus que tout illumine.
Trop fade, trop grosse, trop laide, trop deprimée, trop seule, trop détruite; et un regard, sans jugement et un mot: maman
Tout repart, je peux être ce que je hais le plus, lui il m'aime, il exige tout et rien à la fois.
Il m'a fait renaître.
Je t'aime.

mercredi 15 novembre 2006

Orange

C'était sa couleur. Valise compacte contenant un tourne-disques. J'ai quel âge? 9 ans, dix ans. Je l'ignore. Cette couleur et ce qu'elle implique est restée si longtemps dans un tiroir secret que limite j'ai l'impression que ça ne me touche pas.
Un indice peut être? Ces larmes qui coulent toutes seules sans que je m'en aperçoive pendant que mes doigts parcourent le clavier. Et mon mignon de me demander "a pleur maman?"

Il avait toujours été là, d'aussi loin que je me souvienne il passait 10 fois par jour dans notre rue, saluant tout le monde, allant taper la causette au bistrot du coin.
Un bon copain assurément.
Toujours un service à rendre, un mot sympas pour un petit vieux.
Et un cadeau pour un enfant. Au délà du tourne disques, j'ai du recevoir des poupées, des livres et des bonbons. J'ai toujours accepté. J'ai écouté les disques, j'ai lu les livres, j'ai mangé les bonbons et j'ai fait vivre mes Barbies.
En échange de ça, je le touchais, là où il voulait, là où ça faisait du bien.
Je ferme les yeux et j'entends le râle, l'hahannement entrecoupé de soupirs.
Plus grande j'ai dit non, fermement. Il a arrêté.
Plus grande j'en ai parlé un jour à table chez mes parents. Des mots trop durs, ils étaient pas prêts pour les entendre donc ils n'en ont rien cru.
J'ai tout remis dans le tiroir et je me suis bien décidée à jamais dépoussiérer, jusqu'à aujourd'hui.

2

C'était la nuit. Meme sans ouvrir les yeux je reconnais ce bruit. Je sais ce qu'il signifie.
Le départ, encore.
Les cintres qui valsent le long de la barre en fer. Il refait ses valises. Où va t il on ne sait pas, lui non plus d'ailleurs.
"Grand corps malade" n'est pas pour moi un chanteur récent mais mon frère que je connais depuis bien longtemps.
Schizophrénie, voilà le terme savant. Il est tombé longtemps après ses crises en pleine nuit, ses actes incompréhensibles, ses disparitions. Et puis le reste, les allers retours en bateau avec maman pour jetter dans la mer ce que l'on avait brûlé la veille et arrosé d'encens, les visites au voyant-confident-mage-arnaqueur (? je ne l'ai jamais su), les brefs aperçus au parloir de la prison et l'accablement dans les yeux de mes parents.
Le reste aussi, les visites en pleine nuit dans ma chambre, les conversations qui duraient des heures tentant de m'expliquer ce que du haut de mes huit ans et aujourd'hui du bout de mes 34 ans je ne comprends toujours pas. Les enfants qu'il voulait me faire car il était Jésus et devait procréer.
Nous sommes en 2006, il vit toujours, moi aussi, parfois autant pour l'un comme pour l'autre, je me demande comment.
Si je m'en approchais en temps de crise, peutetre voudrait il donner un petit frère ou petite soeur à ses neveux. Mais je m'en approche plus, sa vie se déroule sans que j'y prenne part. Il détruit tout sur son passage, au propre parfois comme au figuré toujours.
Un jour, sa vie ou son absence de vie, tuera mes parents à défaut de l'emporter, lui.
J'ignore juste la date.

Chemin de vie

D'aussi loin que je me souvienne, je ne suis de nulle part.
Née par accident après 3 enfants voulus dans un pays qui ne me demandait pas, je me suis souvent sentie à part malgré tout l'amour que je sais maintenant que mes parents ont pu mettre dans leur relation avec moi.
De mes premières années de vie je ne garde aucun souvenir si ce ne sont ceux, qui à force de m'avoir été racontés par la famille ou via des photos, se sont profondément ancrés dans ma mémoire.
La vie d'immigrants est semée de doutes, d'incertitudes et d'obstacles. A présent, je conçois mieux tous ces changements, ces départs, ces retours, tout ce qu'ils ont subi.
Longtemps je n'ai cru qu'à de l'instabilité, de la poisse. Plus tard j'ai compris que c'était plus complexe que ça. Ils ne sont pas nés pour vivre quelque chose d'heureux, leur chemin sera pénible et surtout long et on ne pourra jamais rien y faire.
A 4 ans ils m'embarquent, vers un monde meilleur, leur a t on promis. Un mensonge de plus.
La crédulité dont ils ont toujours fait preuve et qui continue de ruiner leur quotidien et le mien, me sidère encore.
Ils avaient trimé pour obtenir un permis de travail, un emploi stable, une maison et une reconnaissance.
Ils débarquent dans une maison inhospitalière, avec une belle famille qui n'attend d'eux que soutien et soumission aux traditions mises en place voilà longtemps.
Papa se réfugie dans l'illusion qu'il est bon d'être revenu au pays, qu'il est fier de veiller sur ses parents, lui le seul fils.
Maman s'enterre dans un mutisme fait de douleur et d'humiliation, avoir tout quitté après en avoir autant bavé, pour se retrouver aux ordres d'une belle mère acariâtre qui ne voit jamais le plancher assez bien ciré à son goût.
Le paradis n'était pas au bout du voyage et l'emploi fixe comme tout le reste était fictif.
Il s'embarque dans un pays en guerre pour aller réparer les chars d'assaut et autres engins englués dans le désert de l'Iran. Subvenir aux besoins de la famille, pleurer des larmes de sang pendant des mois sans nouvelles des siens, 4 enfants et une épouse laissés livrés seuls.
Il résiste et revient des années plus tard retrouver les siens qui n'en sont plus, ces enfants qui ont grandi sans lui, cette épouse déjà fatiguée de la vie.
4 enfants, 3 drames, 2 décès et 1 survivante.
Chemin de vie. Quels choix déterminent ce que l'on est aujourd'hui?A quel moment fallait il dire stop et changer de voie.
Je l'ignore. Je sais juste que ce passé de souffrance dont surement j'en ignore encore le quart me poursuit toujours, a dicté mes choix et influencé mes actes de tous les jours.